INTÉRIEUR - EXTÉRIEUR

Je vais participer à une exposition de groupe fort intéressante intitulée Intérieur-Extérieur qui aura lieu prochainement à la Galerie de la Ville. Le communiqué de presse ci-dessous explique l'appel à aux artistes. Mon diptyque et ma démarche suivent.

Communiqué de presse - Juin 2018                                                                                                                       

Pour l’exposition de l’Appel aux artistes 2018 de la Galerie de la Ville, la Conservatrice a invité les artistes à créer de nouvelles oeuvres en se basant sur le thème de l’exposition qui s’intitule Intérieur Extérieur. Les égoportraits sont maintenant une manière courante et attendue d’auto représentation reliée à Internet, mais ils tendent à se valoriser d’eux-mêmes ou à être purement narratifs. L’autoportrait comme sujet d’art a cependant toujours été une façon pour les artistes de faire leur introspection d’une manière plus analytique, mais parfois trop brutale. Ils utilisent souvent leur propre apparence, leur propre peau en tant que telle, ‘simplement’ comme un autre médium.

Le défi présenté aux artistes était de créer deux auto portraits : tel qu’ils se voyaient ‘de l’extérieur’ et tel qu’ils se voyaient ‘de l’intérieur’. Ils devaient utiliser le format du diptyque, une méthode ancienne de joindre deux tableaux, utilisant originalement deux panneaux pliants reliés par une charnière et dont les éléments se complètent l’un l’autre pour en faire une paire, mais qui depuis, ne nécessitent plus d’être joints mécaniquement. Pour l’exposition Intérieur Extérieur, les artistes devaient jumeler en dimensions et en style leurs deux versions d’eux-mêmes, et les exposer une à côté de l’autre.
                
Les vingt-deux artistes qui ont accepté le défi ont créé des oeuvres sur divers média, explorant les notions du vieillissement, de la mémoire, des interactions sociales, des contradictions ou des similitudes entre la pensée et l’émotion. Ensemble, les oeuvres rappellent que même si nous sommes tous enveloppés de chair, et même si notre apparence physique nous définit visuellement à nos yeux et à ceux du monde, notre perception et notre vécu s’allient pour créer des réalités intérieures qui ne sont pas apparentes mais qui influencent tout de même notre vision (compréhension, prise de conscience…) de nous-mêmes et de notre environnement.
                
Les artistes qui ont relevé le défi sont:

Linda Beck Sidel, Micheline Bertrand, Diane Collet, Deena Dlusy-Apel, Roxanne Dyer, Susan Fowler, Arianna Garcia-Fialdini, Lisa Kimberly Glickman, Bernie Kelly Goulem, Deanne Hall-Habeeb, Theresa Kralik, Nada H. Kyriakos, Norma Lehrer, Norberto Majlis, Ginette Malouin, Susan Pluta, Carol Rabinovitch, Cynthia Sarkis, Patricia Srigley, Josée Turcotte, Josette Wecsu, Jackie Rae Wloski. 

Ils seront présents au vernissage qui aura lieu le dimanche 17 juin 2018, de 13 h à 15 h.

L’exposition se déroulera du samedi 16 juin au dimanche 15 juillet 2018, à la Galerie de la Ville, située au niveau inférieur du Centre culturel de Dollard, au 12001 boulevard De Salaberry, à Dollard-des-Ormeaux. Les heures d’ouverture sont du mardi au vendredi de 12 h à 16 h, et les samedis et les dimanches de 13 h à 16 h à l’exception du dimanche du vernissage alors que la galerie est ouverte de 13h à 15 h.  Pour d’autres renseignements, ou pour organiser une visite guidée gratuite de cette exposition pour votre groupe d’au moins 6 personnes, veuillez téléphoner au 514-684-1012, poste 298. Veuillez visiter notre site internet au www.centreartdollard.com et cliquer sur l’onglet ‘galerie’.

Claudine Ascher, Directrice / Conservatrice, Galerie de la Ville

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Je ne peux que créer une image de qui je suis en ce moment. Des questions surgissent au cours d'une introspection critique:
  • "Quels sentiments dominent ma production en 2018?
  • "Pourquoi est-ce que je me sens comme ça?"
  • "Qu'est-ce que je veux exprimer dans cet autoportrait?"
  • "Quoi et juste qu'à quel point je veux me dévoiler ouvertement?"
  • "Que puis-je crypter ou ensevelir de symbolisme?"
Des montagnes russes émotives révèlent ce qui me perturbe souvent pendant que je crée. L'auto-censure. Mon esprit est pollué par les fermetures éclairs que j'ai rencontrées au cours des années. Et de nos jours, le pendule de la société oscille aveuglément vers un conservatisme extrême. Que c'est effrayant!

Voici ma réponse, une oeuvre que j'ai beaucoup aimé faire en passant au tamis des couches de prise de conscience et d'égarement.

ART POLICE
Diptique, acrylique sur deux panneaux de bois 24" X 24"

L'inspiration pour ce diptyque est venue de photos signalétiques (mugshots) historiques de criminels australiens, suédois et britanniques (époque victorienne). Les anciennes photos en noir et blanc ont tendance à jaunir, à s’égratigner et à s'estomper au fil du temps, mais néanmoins, ces clichés sont fascinants. 

La façon dont les photos sont prises diffère: certaines démontrent le criminel de divers points de vue, le visage, le buste et le corps au complet. Parfois, des miroirs sont placés sur l'épaule de la personne pour exposer simultanément un profil et une vue frontale de la tête. On voit aussi des photos de groupe, probablement des membres du même gang.

Les statistiques du corps, y compris la taille, le poids, les cicatrices d'identification sont parfois écrites sur les photos à l'encre blanche tandis que d'autres ont des descriptions dactylographiées au-dessous de l’image. Occasionnellement, les accusés tiennent un tableau noir qui énumère les numéros d'enregistrement et le crime. Les individus non coopératifs sont contraints de force afin de prendre leurs photos. La douleur, les railleries et parfois le «néant» habitent leurs regards.

J'ai choisi de faire allusion à ces clichés pour plusieurs raisons; la couleur, le sujet et les associations qui ont fait surface lorsque je les ai analysés. Le format “Mugshot” est essentiellement un portrait peu flatteur qui révèle des faits que la personne concernée préférerait restent inconnus. Le sujet a beaucoup plus à offrir que ce que nous percevons à la première vue. La même chose peut être dite à propos de mon diptyque.


Le scénario de mon extérieur

Je viens d'être arrêté par la police artistique pour auto-censure. Bien que le monde perçoit une créatrice intrépide, les autorités savent que je me freine moi-même. Les couleurs de la toile évoquent celles des photographies d'époque, les gris jaunes dominent l'autoportrait tandis que des accents de couleur inattendus apparaissent à certains endroits. Je tiens un petit tableau noir devant moi qui décrit mon crime. Quelques attributs d'identification sont listés, (travaille seule, pas de tatouages, exagèrent, fétiche des pieds), mais la photo tenue avec un trombone couvre la plupart du texte dactylographié. Beaucoup d'informations restent cachées. Mon sourire impertinent et tordu semble incongru vu les circonstances.

Le scénario de mon intérieur

Mon âme tumultueuse révèle peu d’indices. Une clé de prison gigantesque et déformée est peu susceptible de s'adapter à l'un des trous de serrure environnants. Ma tête est partiellement couverte d’un voile de pécheresse souvent vu sur les gargouilles / grotesques qui servent à éloigner les mauvais esprits des bâtiments anciens. Un peu d’anatomie est suggérée mais rien d’autre. Mon intérieur demeure un mystère, même pour moi-même.

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